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Points culminants

Publié par Kanata le 1 août 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

On est en 2008, il y a encore des émeutes en France… Pour nous au Canada, c’est incompréhensible. D’une part des délinquants notoires qui se font arrêter, ça parait assez normal, d’autre part s’ils se font abattre par la police c’est tout de même un peu les règles du jeu… Ici il y a une phrase pour ça « if you can’t do the time, don’t do the crime » (si tu n’es pas prêt à en accepter les conséquences, ne commet pas le crime). Mais au-delà de ces considérations, c’est cette sempiternelle habitude de tout de suite sombrer dans la colère et la violence qui m’a poussé à écrire ce texte. C’est « très » banlieue, et c’est voulu…

Moi quand j’étais plus jeune dans la cité, j’étais loin d’être violent.
Y a qu’une seule fois dans ma vie où j’ai atteint le point culminant.
J’en étais déjà pas fier avant, je le suis encore moins maintenant.
Laissez-moi vous narrer l’histoire, éclairer le pourquoi du comment.
C’est une histoire d’école banale comme il y en a tous les jours
Quand t’es scolarisé dans un collège situé aux pieds des tours.
Dans cette histoire j’étais le plus grand, mais j’étais loin d’en imposer.
J’étais pas sportif pour un sou et je tiens aussi le rôle de l’opprimé.
J’étais un solitaire, je venais de déménager, c’était la galère,
Alors quand un groupe de trois ou quatre m’ont pris comme bouc émissaire,
Après la cantine à me littéralement me balancer des pierres,
Au bout de quelques jours ça m’a énervé, y a pas de mystère.

 À un certain moment j’ai senti l’envie de répondre par des coups,
Et forcément un jour y en eu un de trop un caillou.
J’ai choppé un des keums à ma portée, et à bout de bras je l’ai soulevé.
Puis sans plus réfléchir je l’ai jeté par terre et là tout c’est arrêté.
Le bruit mou de son corps quand sur le bitume il s’est fracassé,
Ça éclaboussait du sang partout, je venais de lui péter le nez.
Pendant qu’on le transportait à l’hôpital, moi je suis resté figé.
C’est son enseignant qui m’a pris par la main pour me remettre sur pied.
Putain je crois bien que sur le moment ce prof je l’aurais buté,
Il m’a forcé à prendre la parole devant toute sa classe pour m’expliquer.
J’avais la rage je comprenais pas je me voyais comme la victime,
Mais l’importante leçon de ce jour là c’était qu’il faut expier ses crimes.
J’espère qu’au collège il y en reste des profs comme ça qui donnent des leçons,
Moi en tout cas monsieur, sachez que je vous remercie de m’avoir poussé à dire pardon.

 Dans la vie tu croises des carrefours et tu prends des tournants,
Parfois tu peux même te retrouver au milieu d’un rond-point culminant.
Dans cette minute, dans cette seconde, dans cet instant,
Quelqu’un peut faire la différence pour que tu tournes pas délinquant.
En cette sombre journée je dus mon salut à un enseignant.
Bien sûr après le proviseur a appelé mes parents,
Et c’est là que l’éducation parentale joue son rôle doré.
Comme les miens m’ont bien éduqué, ils n’ont rien eu à ajouter.
De voir la déception de ma mère au fond de ses pupilles,
C’était pire que de me mettre devant un peloton avec des fusils.
Respecter ta mère, respecter ton père, respecter tes profs,
Ça pourrait être une bonne morale pour ces quelques strophes…

 Mais je n’en ai pas encore tout à fait fini avec cette journée,
Il y a autre chose que ces événements m’ont apportés.
Si tu crois comme moi que la force de chacun est dans son caractère,
Alors tu comprends l’importance de ne pas succomber à la colère.
Quand tu apprends que la violence n’est jamais une solution,
Tu peux t’estimer content, car tu es sur le chemin, le bon.
Voilà j’ai partagé avec toi une de mes petites galères
C’est pas grand-chose, y a pas eu mort d’homme, ya eu pire sur cette Terre.
Mais je me suis dis que ça pouvait peut-être t’aider à comprendre
Le poids de certaines décisions que tu seras amené à prendre
Et que sérieusement c’est important d’identifier précisément
Toutes ces étapes qui dans la vie marqueront TES points culminants.

L’orage de banlieue

Publié par Kanata le 9 juillet 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée. Celui-ci a de plus la particularité d’être à deux voix.

Description

J’ai un souvenir vivace de ce texte. J’étais au sous-sol de la maison (aménagé en pièce à vivre), à Toronto, bien au chaud.
Il était minuit passé quand un de ces violents orages printaniers s’est subitement abattu, très proche. Je l’ai observé quelques instants par les petits vasistas et j’ai commencé à écrire…

Ce texte a la particularité d’être à deux voix. dans ce qui suit « le citadin » sera en noir et « le gamin » en bleu.

Le tonnerre gronde dans le lointain.
Je referme la fenêtre et ne pense à rien.
Je suis au chaud, bien à l’abri.
C’est pas comme si je risquais ma vie.

Il y a des choses qu’il faut savoir,
des trucs connus dans les terroirs.
C’est quoi déjà qu’on m’a appris ?
Sur les orages et sur la pluie ?

Faut pas courir dans les clairières,
par peur d’être foudroyé d’un éclair.
Et s’abriter sous un sapin ?
Non, je crois que c’est pas très malin.

 J’en suis plus sûr, je suis pas certain,
toutes ces leçons elles sont bien loin.
Pis faut admettre, ça me sert à rien,
moi qui ne suis qu’un citadin.

Le tonnerre gronde dans le lointain.
Je me cache les yeux avec les mains.
Mes os sont gelés, je suis transi.
Cette fois, je crois bien que c’est fini.

 Au plus fort de mon désespoir,
j’ai pas pensé qu’il pourrait pleuvoir.
De toute façon, j’avais pas le choix,
je suis sûr qu’il m’aurait tué cette fois.

 Si fatigué, j’ferme les paupières,
mais je sursaute aux coups de tonnerre.
La pluie ruisselle même sous ce sapin.
Je me demande si je connaîtrais demain.

 Les injures, les coups, c’était le trop-plein,
alors j’ai fugué ce matin.
J’crois plus aux bons samaritains,
Cette nuit je cesse d’être un gamin.

Les voisins sont pas en train de gueuler,
je vais en profiter pour me coucher.
J’espère qu’il fera meilleur demain,
Car j’aime ma balade du matin.

Ça me déstresse moi qui bosse fort.
C’est plus efficace que le sport.
On verra bien, je me roule au chaud.
Sous la couette, c’est l’heure du dodo.

J’essuie mes larmes toutes séchées.
Je commence à être vraiment fatigué.
Je suis brisé, j’n’espère plus rien.
J’aimerais qu’il n’y ait plus de lendemain.

Glacé, je tremble de tout mon corps,
Ha! Ça y est, enfin je m’endors.
Le vent, la pluie m’ont engourdi,
c’est presque comme si j’étais au lit.

Y’a du soleil, c’est merveilleux !
Je suis mort, plus la peine d’ouvrir les yeux.
Je vais pouvoir faire ma balade.
Je m’envole tel un nomade.

Ce fut le pire de tous les matins,
J’ai découvert le corps d’un gamin.
Recroquevillé sous un sapin,
J’ai reconnu mon petit voisin…

Il était un slam dans l’ouest

Publié par Kanata le 6 juillet 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

Écrit en 2008 à Toronto. En raison d’un fait divers quelconque, la communauté francophone discutait des problèmes de violences dans les lointaines banlieues de l’hexagone. Un pote lyonnais (eh oui, il vient vraiment de « Montcul »… ça ne s’invente pas des trucs pareils…) me faisait découvrir le slam français et je m’apprêtais à retourner dans ladite banlieue dans les mois qui suivaient.

Un tantinet mélancolique, j’avais écrit un texte ou deux,
Quand un pote à moi m’a dit « Mon vieux, ça fait vachement Banlieue »
J’ lui ai éclaté d’rire au nez j’en aurais presque vomi pour un peu
Vu qu’on vit à 6000 kilomètres de là, sous la clémence d’autres cieux
Mais après en y repensant, force me fut de constater
C’est vrai que je viens de la Banlieue, même si je parle en anglais
Évidemment pour toi, la Banlieue c’est au nord de Paris
Pourtant il n’y a pas qu’à Paname où on peut trouver des téci
Mon pote il vient du coin de Lyon, plus précisément de Montcul
Ben quoi c’est pas sa faute à lui, j’invente rien c’est du vécu
Moi je te dirais pas d’où je viens, où alors peut-être un peu plus tard
Mais crois-moi sur la vie de ma mère, je suis un vrai banlieusard

Non je ne viens pas de Marseille, dommage je me demande maintenant
Si j’aurais pu mieux slammer avec leur chaleureux accent.
Mais si tu situes sur un plan où se trouve la gare Saint Denis
T’as qu’à faire le tour du périf pour savoir où j’ai grandi
Tu vois qu’y a pas que Paris-Nord y a la banlieue sud aussi
Moi, c’est dans les avenues de Bagneux que j’ai appris la vie.
Mère secrétaire père menuisier ça payait tout juste le loyer
Même si dans les logements sociaux on nous logeait au rabais
Je sais pas si c’est parce que j’aimais pas trop mon HLM
Mais c’est vrai que par la suite j’ai plutôt eu une vie de bohème
En grandissant, je me suis dit que je pouvais plus vivre dans un placard
Mais crois-moi sur la vie d’ma mère, je suis un vrai banlieusard

Si je devais tenir une liste de tous mes pays visités
Ça serait l’occasion de noircir une sacrée longue feuille de papier
Si tu veux tu peux penser que je suis en train de me la jouer
Mais le fait est que j’ai quand même pas mal bourlingué
Regard en arrière, en y repensant bien d’ailleurs j’en suis plutôt fier
Même si au début c’était sans doute dicté par la colère
Et puis il y a dix ans j’ai décidé de sauter le grand pas
Et là j’ai tout plaqué pour aller m’installer au Canada
J’ai fait un somptueux voyage où j’ai traversé tous les États
Y avait la nature et des animaux comme t’imagines même pas
Alors tu vois je fais peut-être sauvage comme un canard
Mais crois-moi sur la vie d’ma mère, je suis un vrai banlieusard

Et tu ne devines pas ce qu’il y a de plus trippant dans tout ça ?
J’ai jamais eu besoin de braquer quoi que soit pour en arriver là.
Moi je suis du genre à penser que le destin c’est la somme de nos choix
Alors explique-moi si j’y suis arrivé, pourquoi pas toi ?
Je ne dis pas qu’il faut traverser l’Atlantique pour s’en sortir,
La preuve c’est que je suis sur le point moi-même de revenir
Utilise ce qu’il y a en toi, ton esprit, ta rage, je sais pas
Mais pense pas que la violence soit une solution, franchement c’est pas le cas
Sur ce, je vais m’arrêter, mon but n’était pas de moraliser
Je voulais juste te montrer que si on veut, ben on peut y arriver
Alors j’espère que mon message ne t’aura pas trouvé trop tard
En direct de Toronto, t’as le salut d’un vrai banlieusard.