Aujourd’hui, j’ai reçu un super mail d’une pro du monde de l’édition qui m’offre son univers dans la paume de sa main. Ça y est ! Je vais être riche et célèbre et je suis tout méga EXCITÉ à l’idée de travailler avec une pointure pareille… FAUX !!

Aujourd’hui j’ai reçu un courriel tout moisi, à mi-chemin entre spam et scam, mais avec presque un quart de siècle de retard dans la conception. Ma première réaction fut le rire, la seconde la pitié, et finalement je me suis dit : « MERDE !! Mais il y en a qui pourraient bien se faire couillonner. » Altruiste et défenseur des valeurs humaines et morales comme je le suis, je ne pouvais laisser faire sans réagir – traduisez : je suis vénère, j’ai pas le temps d’écrire comme je le voudrais, et ce mail arrive à point pour me passer les nerfs.

Premièrement, voici le courriel en question (seuls les noms ont été enlevés/changés et placés entre crochets, tout le reste est d’origine, je le jure)

Voyons la chose de plus près, point par point.

L’entête :

Dénomination générique = À bannir si vous voulez appâter le chaland. Un vrai nom serait ici plus propice et personnel.

Compte email perso = laposte.net… vraiment ?? C’est super pro comme adresse… Je me sens en confiance déjà en matière de communication avec les éditeurs…

Le champ vide = Dans Word, c’est dans « fusion et publipostage », le champ « Titre » permettrait d’avoir un objet personnalisé avec le titre du manuscrit en question.

L’intro :

 

Ha la la, la boulette ! L’intro typique des arnaques des années 90 : « Vous détenez quelque chose qui pourrait nous intéresser – moyennant la somme de… (qui se trouve toujours en fin de lettre) ». Noter la démarche psychologique (éculée) qui consiste à inverser le besoin (vous n’êtes plus le demandeur).

Le pitch :

 

Au prix où ils sont payés (quand ils le sont, car souvent stagiaires), pas étonnant qu’ils cherchent à bouffer à tous les râteliers.

Incises = Dieu sait qu’en français on a des tonnes de séparateurs : Le trait d’union, le tiret cadratin, demi-cadratin, et insécable. Par contre le triple tiret n’existe pas, un cadratin en début phrase est réservé aux dialogues, il y a toujours un espace de chaque côté… Des erreurs toutes bêtes, que je passe bien volontiers habituellement, sauf quand on me vante 30 ans d’expérience dans l’édition et une correction rigoureuse de mes écrits !

Ponctuations = Toujours un espace AVANT les « deux points », et en général pas de Majuscule après. Mais comme ici, il n’y avait pas besoin de deux points de toute manière…

C’est sympa, vous m’enverrez les siennes de coordonnées ? Que je puisse les envoyer à la CNIL, ça va les intéresser comme pratiques « professionnelles »

Boulettes sur boulettes :

 

Manque un mot

Ponctuation = En français il y a 1 point (fin de phrase), 2 points (verticaux) et 3 points (de suspension). Par contre, 11 points… je ne connais pas.

Ben, c’est-à-dire, vous venez pas déjà d’avoir un retour d’un de vos lecteurs ? Je cite : « puisque nous travaillons ensemble »…

Signature :

 

Typographie = pas d’espace de chaque côté du séparateur dans les constructions de ce type.

Salutations = C’est joli « Fidèlement, », mais à moins que nous n’ayons été amants au XVIIIe siècle, ce n’est pas approprié.

Pas de ponctuation sur les signatures

C’EST TRÈS IMPRESSIONNANT LA CAPITALISATION, ET BRAVO POUR L’ACCENTUATION DES MAJUSCULES AU PASSAGE (QUI EST CORRECTE, JE LE DIS ET JE LE RÉPÈTE AUX FRANÇAIS FAINÉANTS). DOMMAGE QUE CE NE SOIT QUE DANS LA SIGNATURE ET PAS LE RESTE DU TEXTE. PAR CONTRE, LES MAJUSCULES ONT UNE CONNOTATION TRÈS INTRUSIVE DANS LES COURRIELS. SURTOUT EN GRAS…

Syndrome de la signature qui n’en finit plus

En vrac :

 

C’est con, c’est invariable « maisons d’édition »… pour une pro du domaine, ça la fout mal…

 

Moi je commence à démarcher quand j’en ai ciblé entre 40 et 50… c’est une autre technique, c’est sûr.

 

Moi aussi j’ai des « techniques » : je relis ma lettre d’introduction avant de contacter quelqu’un de manière professionnelle, et je joins une enveloppe pour les retours. C’est miraculeux, je vous assure, essayez.

Ha ! oui, et « quand ça marche pas », je réessaie ailleurs, aussi, comme quoi on peut arriver aux mêmes conclusions avec moins de 30 ans d’expérience dans le milieu.

 

Bonne idée de ne pas trop jouer la carte de l’oncle célèbre, ce dernier étant l’un des écrivains les plus réputés pour son usage intensif et systématique de nègres littéraires (Patrick Cauvin, Guy Benhamou, Claude Klotz…) pour la production de ses œuvres. [source, le monde littéraire. Source, Marianne]

 

Tarifs sans commentaire, puisqu’un auteur en herbe ne touchera même pas ça en droits d’auteur à sa première publication… (restez jusqu’au bout, je vous refile les mêmes ressources pour bien moins cher)

NB : au cas où vraiment vous n’êtes pas publié… je garde quand même la moitié du blé : une sympathique échappatoire à la rupture de close de contrat  😉

 

Superbe maîtrise du copier/coller… ou pas… Mais toujours aussi fidèle en tout cas.

Conclusion :

Tout de même 23 raisons pour ne pas faire confiance à ce courriel, sans compter le mauvais goût en matière de mise en page avec plein de couleurs, de tailles, d’épaisseurs… et aucune bonne raison (une liste des titres publiés dans les fameuses « grandes maisons d’édition », non ?)

Et encore je vous passe le site web au design moderne et dynamique et au SEO discret :

 

On note tout de même 5 ans d’expérience en moins et un « contact permanent avec plus de 1 600 éditeurs » => il y a un nom pour ça (maintenir un contact permanent avec des milliers de gens) : le spam !

Bon, ceci dit il existe des conseillers littéraires très sympathiques et professionnels en ce bas monde. Laissons donc le coaching aux Américains, dont le monde de l’édition est radicalement différent du nôtre…

Cadeaux :

C’était un article bien long, vous avez mérité non pas UNE, mais DES récompenses. Ou : comment économiser 900 €.

On en parle sur Internet :

Pour des relectures détaillées :

Pour des conseils de pro:

Pour les éditeurs : (1600 en 30 ans… ce n’est pas efficace, 1600 en 30m, ha, là on parle !)

Pour votre bourse : (je vous prends quand même 15%, faut pas déconner)

 

EDIT DU 26/09/2012: Bonus du bonus, l’article du Monde (25/09/2012) par Raphaële Rivais , en page 2.

EDIT DU 01/12/2012: C’est « Dallas », le droit de réponse à l’article du Monde (07/10/2012), en page 18.

EDIT DU 01/12/2012: Ajout de la rubrique référence « on en parle sur Internet » et du site commite-de-lecture.com

EDIT DU 10/12/2012: Anonymisation de l’article (non pas par intimidation ni contrainte légale, mais parce qu’en demandant gentiment, on peut tout obtenir. Au fond, je suis juste un type bien qui supporte la paix dans le monde…)

Choisissez votre poison :