Ceci est l'article 4 sur 6 de la série Corriger un roman en 4 temps, 8 mouvements

Bon, ça y est ? L’histoire fait du sens, tous les éléments collent ? Bien sûr vous aurez eu à cœur de vérifier la force et la psychologie de vos personnages, portent-ils bien le récit ? Alors assez logiquement, après le fond il faut maintenant se pencher sur la forme. Cet article sera un peu long, il y a beaucoup à dire. 😉

Mais tout comme la série d’articles de conception, je vous concocterai une fiche récapitulative condensée. Ce n’est pas par altruisme, je mets juste mes outils de travail à jour. 😛

 

La phase de réécriture corrective de la forme

Tout comme pour le fond, revenons un instant sur la définition du concept de « forme » : la FORME est un peu le contraire du fond. Dans un roman elle regroupe tout ce qui a trait à la syntaxe. À l’opposé du fond, la forme est donc majoritairement objective (je rassure les artistes, il vous reste du champ libre en ce qui concerne « le style »). Les règles et références en sont nombreuses. Sa correction est la marque d’un auteur qui maîtrise ses outils. – ou à défaut qui saurait s’entourer de collaborateurs capables de le corriger convenablement, n’est-ce pas Nikos ?

La forme :

« Les moyens techniques mis en œuvre pour transmettre les idées (le fond) »

  • Forme « stylistique »
    • Le genre du texte
    • Le type de vocabulaire & champs lexicaux
    • La structure de l’ensemble ou des parties
    • Les figures stylistiques & syntaxiques
    • Le rythme & la tonalité
  • Forme « technique »
    • La typographie
    • La ponctuation
    • La conjugaison des verbes
    • La grammaire
    • L’orthographe
    • etc.

Si le style est bien évidemment subjectif et à votre entière discrétion, je ne saurais résister à l’envie de vous mettre en garde. C’est un mirage qui attire beaucoup d’auteurs débutants. Dans le contexte du roman de fiction, le plus important est le FOND, puis la FORME « TECHNIQUE » et en dernier la forme stylistique… Autrement dit : avant de « trouver votre voix », assurez-vous de savoir raconter des histoires clairement et proprement. Après tout, un peintre, avant de choisir son école de peinture, se doit de maîtriser sa toile, ses pinceaux, sa gouache, ses mélanges, ses couches et sous-couches… Un musicien se frotte au solfège, la pratique de son instrument et aux répétitions avant de choisir le style de ses solos endiablés… Pourquoi serait-ce différent pour un auteur ?

Exemples :

Les points mis en évidence plus haut sont les règles objectives à respecter. Elles sont nombreuses (nous écrivons en français, c’est une langue riche qui va du texto à la production philo-socio-politico-intello-littéraire…) Je ne peux pas faire de cet article un cours magistral sur la chose, je vous renverrai donc sur des références établies. Par contre, dans les exemples suivants, je vais soulever les erreurs les plus fréquentes, mais pas forcément les plus connues.

  • Une incartade dans le style

Typiquement du côté « subjectif » de l’argumentaire, je ne résiste pourtant pas à vous brosser quelques points « objectifs », qui s’ils sont laissés sans surveillance, nuiront à votre style quel qu’il soit (sauf si vous visez le style « débutant qui va défoncer la scène littéraire francophone… dans ses rêves »).

Les répétitions :

Elles plombent rapidement un style, et pour le lecteur, marquent un manque de vocabulaire certain. Chassez donc les répétitions de mots (surtout les adjectifs, noms et flexions un peu rares. Une répétition de « mains » passe plus inaperçue que pour « transigeance »), de pronoms (surtout en début de phrase, les « il / elle » sont des tueurs, variez avec les noms ou autres appellations de vos sujets), de style (remplacer « comme » par « ainsi que », « tel que », « à l’instar de » ne changera pas le fait qu’il y a répétition de formes comparatives dans le texte, de même, faites attention à l’usage trop fréquent de métaphores).

Il était parti. Elle referma la porte et elle enfouit son visage dans ses mains. Il tourna au coin de la rue sans un regard en arrière. => John était parti. Elle referma la porte et enfouit son visage dans ses mains. Son mari tourna au coin de la rue sans un regard en arrière.

=> Les meilleurs outils à votre disposition restent encore un bon dictionnaire de synonymes et beaucoup de lecture.

Les verbes « faibles » :

La nature de certains verbes est floue. Or, l’écriture d’un roman doit être ciselée et précise. Sans les bannir systématiquement (des passages peuvent avoir besoin d’entretenir une certaine confusion. Et si vous écrivez pour la jeunesse, leur présence est beaucoup plus logique), posez-vous toujours la question en rencontrant « faire », « sembler », « paraître », « commencer », « pouvoir », « devoir », « aller », « dire » si un verbe plus précis ne pourrait pas être utilisé. Deux verbes sont à chasser encore plus drastiquement, car leur usage en tant qu’auxiliaires apporte de surcroit un souci de répétition, j’ai nommé nos fameux « être » et « avoir ». (je parle bien de réduire à peau de chagrin leurs formes verbales, pas leur usage en tant qu’auxiliaire qui est lié le plus souvent à la conjugaison des temps composés).

Il était si beau que toute la salle fut subjuguée. => Sa beauté hors du commun subjugua la salle entière.

Elle fit un délicat ragout et put exprimer ainsi son savoir-faire. => Elle mijota un délicat ragout pour exprimer son savoir-faire. / Elle exprima son savoir-faire en mijotant un délicat ragout.

Traitez les formes verbales suivantes de la même manière, elles sont tout aussi « faciles » et peu précises : « il me semble », « j’ai l’impression que », « on dirait », « avoir l’air », « venir de », « continuer de », « être sur le point de ».

=> Le meilleur outil reste encore un bon œil à la relecture. Un logiciel de recherche et d’analyse de votre texte pour indiquer les répétitions groupées par catégories (afin de détecter les répétions de verbes quels que soient leur forme et leur temps) serait utile, mais je n’en connais pas qui soit autonome et efficace, seul Repetition Detector qui cherche sur le radical des mots peut encore être de quelque utilité. Sinon il reste les logiciels de correction comme Cordial et Antidote qui ont un module d’analyse complet intégré. Ma préférence va sans conteste au dernier, un fidèle compagnon depuis des années.

Les adjectifs et termes « faibles » :

Tout comme les verbes, il est des adjectifs et termes des plus ternes : « bon », « meilleur », « faible », « utile », « similaire », « relatif », « possible »… à remplacer par des équivalents plus pertinents.

Les débuts de phrases « plats » :

Il y a des formes comme celle que je viens d’employer qui si elles se prêtent à des papiers un peu techniques ou journalistiques, sont d’une platitude absolue dans un roman. Fuyez comme la peste les phrases débutant par « Il y a » (et ses déclinaisons « Il y avait », « Il y eut », « Il y aurait »…) ou « C’était » (et ses déclinaisons « C’est », « Ce fut », « Ce serait »…)

Il y avait des matins où John n’y tenait plus. C’était plus fort que lui, il lui fallait sa dose de nicotine. => Certains matins, John n’y tenait plus. Seule sa dose de nicotine comptait pour lui.

=> Une simple recherche dans le texte avec les outils de votre traitement texte devrait vous aider à identifier ces débuts de phrases un peu mous.

La voix passive :

Soyons clairs : cela ne donne pas un genre intelligent, ni l’impression de maîtriser la langue à un niveau insoupçonnée comme certains le pensent. Dans un roman de fiction… C’est juste lourd !

À moins que ce ne soit d’une importance capitale, un choix conscient et calculé pour attirer l’attention du lecteur sur une action particulière, aucune hésitation : retournez ces phrases comme une paire de gants en caoutchouc. Allez hop ! À l’actif !

Il avait été frappé par une soudaine fièvre => Une soudaine fièvre le frappa / Une soudaine fièvre l’avait frappé.

  • Le rythme

Écrire est très similaire à faire de la musique, et le meilleur conseil que je puisse vous donner pour cette partie corrective de la forme c’est de vous relire à  haute voix (vous sentirez mieux la fluidité, les apnées, les saccades…)

La taille des phrases :

Un bon morceau de musique sait jouer avec le rythme et la tonalité. À l’écrit il faut savoir, de même, alterner pour appuyer une description ou porter la charge dynamique d’une action. Raccourcissez les phrases à rallonge truffées d’incises multiples et d’imbrications de subordonnées, elles alourdissent inutilement. Gardez un œil sur les longs passages découpés au hachoir, ils n’ont leur place que pour porter une action forte, et même là, il faut savoir ménager des pauses, ou votre lecteur s’essoufflera.

John décida, sans en avertir sa dulcinée, de prendre ses congés à la fin août. => Sans en avertir sa dulcinée, John décida de prendre ses congés à la fin août.

=> Instinctivement, on marque une pause sur les virgules, mais on ne respire que sur les points (tout type confondu). Ne laissez pas vos lecteurs s’asphyxier. N’hésitez pas à segmenter une longue phrase en plusieurs. Souvent un simple point à la place d’une virgule suffit, parfois il faut remanier un peu l’ordre des subordonnées.

Les imbrications de subordonnées relatives :

Rien de tel pour casser le rythme d’une phrase, à bannir. En plus, cela élimine souvent une phrase trop longue. D’une pierre deux coups !

Avec la chance de John qui avait retrouvé le dossier qu’on lui avait volé, tout était possible. => Avec sa chance, John avait retrouvé le dossier volé. Tout était possible.

Adverbes en « –ment » (et participes présents) :

Les adverbes se terminant en « -ment » sont non seulement parfaitement alourdissant pour les phrases, mais ils engendrent également un fond sonore gênant en répétant allégrement le son « en ». => La terminaison en « -ment » de certains adverbes alourdit les phrases. Mêlée à un usage intensif du participe présent elle accroit de plus le phénomène de répétition du son « en ».

Abus de conjonctions :

On nous apprend très tôt à l’école à lier nos raisonnements par des conjonctions (mais, cependant, pourtant, néanmoins, tandis que, et…) Un usage fréquent dans le langage parler. Si leur utilisation est tout à fait valide pour une étude, un essai ou une dissertation, elle empâte considérablement le narratif d’un récit qui s’étale sur plusieurs centaines de pages et en sera donc truffé si on commence à lier chaque action entre elles. Beaucoup de causalités sont intrinsèques à l’histoire et il n’est nul besoin de les appuyer en ajoutant une conjonction. Veuillez à les garder à un minimum ainsi qu’à renommer vos groupes pour éviter le phénomène de « liste des commissions » (ça ET ça ET ceci ET cela…)

Il prit la valise tandis qu’elle s’emparait de la mallette contenant les billets et John et Mary quittèrent la chambre d’hôtel ensemble. => Il prit la valise. Elle s’empara de la mallette contenant les billets. Deux minutes plus tard, les deux amants quittèrent la chambre d’hôtel ensemble.

La typographie est régie par des règles très strictes. Les plus bafouées sont celles liées aux dialogues. Les changements de locuteurs sont annoncés par un tiret cadratin (et non par un simple trait d’union) ET un alinéa. L’usage des guillemets est considéré comme ancien. Les incises après une ponctuation de dialogue commencent par une minuscule même après des points, points d’exclamation ou d’interrogation.

John s’arrêta, se tourna vers Mary et lui dit :
« C’est tout de même dingue ! Cria-t-il.
– Quoi ? Demanda Mary en levant un sourcil.
– Ben cette histoire de… Comment t’appelle ça déjà, là ?
– D’ordinateurs ?
– Ouais, les ordi trucs… C’est vachement plus rapide que le boulier, tout de même. »

John s’arrêta. Il se tourna vers Mary.
— C’est tout de même dingue ! cria-t-il.
— Quoi ? demanda Mary en levant un sourcil.
— Ben cette histoire de… Comment t’appelle ça déjà, là ?
— D’ordinateurs ?
— Ouais, les ordi trucs… C’est vachement plus rapide que le boulier, tout de même.

Je ne peux résister à un petit aparté sur l’accentuation des majuscules. J’en suis un fervent pratiquant depuis mon séjour au Canada. Sachez que l’habitude prise en France de ne pas accentuer les majuscules… est fautive ! L’Académie française elle-même considère que l’accent a pleine valeur orthographique, et l’imprimerie nationale tire ses ouvrages avec majuscules accentuées.

  • La ponctuation (ref)

Le placement des espaces est souvent bafoué. Alors, retenez qu’il n’y a pas d’espace devant une virgule, un point et les points de suspension. Il y a un espace insécable devant le point-virgule, les deux-points, le point d’exclamation et d’interrogation. Pas d’espace à l’intérieur des parenthèses ni des guillemets à l’anglaise (« blabla »). Par contre des espaces insécables à l’intérieur des guillemets à la française (« blabla »)

Le terrible « je » :

Tout écrivain s’y laisse prendre un jour ou l’autre. Vérifiez bien toutes vos terminaisons pour les occurrences de la première personne du singulier au passé simple et à l’imparfait des verbes du premier groupe (personnellement je remplace par « il » pour confirmer les formes au passé simple).

Fidèle à mes principes, je voyageais comme un reclus. Les pèlerins passèrent par la route du Nord, mais j’empruntais celle passant par la vallée, seul avec mes pensées. => Fidèle à mes principes, je voyageais comme un reclus. Les pèlerins passèrent par la route du Nord, mais j’empruntai celle passant par la vallée, seul avec mes pensées.

Concordance des temps :

C’est une marque de maîtrise des auteurs avertis que de pouvoir manier la concordance des temps entre proposition principale et subordonnée selon le temps du récit et la chronologie des actions. Petit tableau récapitulatif :

Verbe principal Chronologie Verbe subordonné
Présent de l’indicatif Antériorité Temps du passé, imparfait, plus-que-parfait.De l’indicatif au subjonctif.
Simultanéité Présent de l’indicatif. Présent du subjonctif.
Postériorité Futur indicatif. Présent subjonctif.
Passé de l’indicatif Antériorité Plus-que-parfait. Indicatif ou subjonctif
Simultanéité Imparfait. Indicatif ou subjonctif
Postériorité Conditionnel présent. Imparfait du subjonctif.
Futur de l’indicatif Antériorité Temps du passé, imparfait de l’indicatif.
Simultanéité Présent de l’indicatif ou du subjonctif.
Postériorité Futur de l’indicatif. Présent du subjonctif.
Conditionnel présent Antériorité Plus-que-parfait du subjonctif
Simultanéité Imparfait du subjonctif
Postériorité Imparfait du subjonctif.

Mon avis de lecteur :

Une forme fluide me permet de lire et profiter pleinement du récit. Je n’ai rien contre un style qui se démarque intelligemment, mais si c’est au détriment du rythme et m’oblige à faire des allers-retours dans les paragraphes pour m’assurer d’avoir bien compris : là je perds vite patience.

Mon avis d’auteur :

Les aspects purement techniques ne sont pas à discuter. Par contre, oui, j’ai toujours un peu peur de lisser mes écrits, de « faire comme tout le monde » en suivant les quelques règles stylistiques mentionnées. « Ne vais-je pas écrire un bouquin insipide ? » fut longtemps une question qui me taraudait. MAIS, l’expérience me prouve que je produis des textes de bien meilleure qualité en suivant ces quelques règles (ou en jouant à bon escient avec, ce que je ne pouvais pas faire avant de les connaître). Je ne suis pas borné au point de les ignorer sous couvert de « création artistique », donc j’y prête toute mon attention lors de la correction.

Je peux ainsi investir mon énergie dans le genre, le type de vocabulaire et champs lexicaux, la structure de l’ensemble ou des parties, les figures stylistiques et syntaxiques. Avouez que cela laisse de quoi faire, non ?

La phase de relecture corrective orthographique et grammaticale (approfondie)

Autant les phases de corrections orthographiques et grammaticales des deux précédents articles étaient personnelles et optionnelles, autant celle-ci est obligatoire et doit être menée avec précision. Chassez la moindre faute, traquez la moindre coquille, histoire de ne pas aboutir avec des phrases à double verbes du genre « il se présenta arrivait à l’heure » ou avec des conjonctions manquantes type « Il prit le sac lui avait laissé ». – Nikos a su laisser quelques perles comme celles-ci au long de son récit, très croustillant à la lecture…

=> Vos meilleurs outils pour cette phase restent encore un bon dictionnaire et un Bescherelle (Lexilogos, le conjugueur, le dictionnaire gratuit TV5-Mediadico). Je ne peux que vous conseiller l’usage de l’application « Antidote ». C’est de loin la meilleure suite de correction sur ordinateur qu’il m’ait été donné d’utiliser. Elle vous épaulera efficacement dans vos corrections de base, en plus de vous offrir des références encyclopédiques et autres outils, tels un dictionnaire de synonymes / antonymes, l’analyse du texte, des citations, les références de conjugaison…


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