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Perspective

Publié par Kanata le 3 septembre 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

C’était en 2008, en France il y avait un mouvement de grève pour réclamer… plus. En Haïti, la même semaine, l’inflation ruinait le pays et la population commençait à manquer d’eau et de vivre. Moi, à mi-chemin, dans le confort douillet de mon sous-sol canadien, je me permettais de faire la synthèse :

Quand j’ai vu les titres de l’actualité, j’ai fait un bond
Je ne peux pas croire que personne n’ait fait la liaison.
Dans la même semaine, il y eut bien des protestations
Mais ce n’était franchement pas pour les mêmes raisons.
D’abord, c’est bien de pouvoir avoir des revendications,
Ça prouve qu’on est dans un pays ou y a eu de la libération.
Mais toi après ta marche tu rentres devant ta télévision
Pour d’autres ça s’arrête pas là une manifestation.

Mais je crois que pour tu comprennes il faut que je fasse différent
Alors le mieux encore c’est de laisser parler les slogans
Garde bien en tête que ce qui suit, ce que tu entends
Avec le décalage horaire, ça a eu lieu en même temps
Les premiers s’adressent à Paris et son Président
Les seconds à Haïti et leur gouvernement :

« On est crevé, on veut pas prendre le métro après 7h de travail »
« On comprend pas on bosse 16h et ça paye pas les victuailles »
« Fais pas le rat Sarko, vas-y donne nous des euros »
« S’il vous plait président Emilio, donnez-nous un peu d’eau »
« Donnez-nous des logements à Paris intramuros pour pas cher »
« Nos enfants sont en carence de calcium et de fer »
« C’est pas normal de bosser pour une ville où on peut pas se loger »
« Comment faire pour se reposer quand nos ventres sont affamés ? »

Alors tu vois, tes problèmes kafkaïens du prix des logements parisiens,
S’il te plait compare ça avec ceux qui défilent parce qu’ils ont faim.
Je te dis pas d’être militant et de te lancer dans l’humanitaire
Mais de relativiser un peu ce qui se passe sur cette terre.
Et c’est même pas le tiers-monde à Haïti, ils ont de la chance
Les touristes comme toi nous font vivre quand ils viennent en vacances.
Ils ont juste était touchés en plein par l’inflation
Et maintenant notre argent ne vaut plus un rond.
Alors va vite défiler pour réclamer un peu plus de RTT
Et Haïti tu pourras peut-être nous y retrouver
Utilise-le bien ton 13ème mois de salaire payé
Viens le dépenser ici, qu’on puisse manger.
Tu picoleras des pina-colada sous les cocotiers
Ne jettes pas la pulpe ça nous fait le petit déjeuner

Voilà je vais m’arrêter de parler de la misère
Quelque part ça me tape un peu sur les nerfs
Que dans notre super monde de communication
Il n’y ait pas eu un seul journaliste pour faire la corrélation
Qu’est-ce que tu veux que je te dise, des fois je m’emporte
À d’autres moments comme toi je me lave les mains de ce qu’est pas à ma porte.
Mais si moi je devrais remettre en perspective ma voix passive et la tourner en forme active.
Ben toi, choisis bien tes combats à Paris, mais n’oublie pas ceux qui crèvent de faim à Haïti.

Slameur amateur

Publié par Kanata le 9 août 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

Pour sortir un peu du carcan « banlieue », un slam plus poétique où je voulais juste m’amuser avec des rimes en « eur ».

N’ayez pas peur, le slam c’est que du bonheur
Au milieu de cette froideur, c’est un brin de chaleur
Ça peut toucher le cœur, moi des fois ça me met en pleurs
C’est régi par moins de rigueur que la poésie des vrais auteurs
Mais ça n’a pas moins de profondeur et ça demande autant à son créateur.
C’est sûr t’as le droit à l’erreur, et si tu manques une rîme…
En salvateur majeur et sapeur chercheur, en rimeur colporteur
Trouveur et fabricateur de saveurs inconnues pour l’heure
Tu démontreras sans sueur que c’était juste pour être joueur…

Chers académiciens réviseurs, vos yeux dans leurs orbites se font sauteurs
Mais le français n’est pas une langue qui se meurt, nous on veut juste y mettre un peu de couleur
Comme de ce qu’on ne comprend pas on a souvent peur, laissez-nous vous expliquer sans rancœur
Qu’on préfère se la jouer un peu auteur plutôt que de se lobotomiser devant le téléviseur
Vous aurez beau le mettre en HD avec décodeur, les programmes diffusés n’en sont pas moins débilitateurs
Et face à l’Art déprimant des intervieweurs, on ferait peut-être mieux de faire de la place aux slameurs
Il y a quand même plus à apprendre du texte d’un bricoleur, que des reality shows après le journal de 20h
Moi je ne me vois même pas comme un slameur, rappeur, chanteur ni même auteur d’ailleurs
Je me vois comme un facteur, distributeur de mots et de lettres avec rondeur.

Je pourrais slammer en anglais pour faire du beurre, mais je préfère la langue des libres penseurs.
Des fois c’est juste un billet d’humeur et d’autres on parle que de malheurs
L’important c’est d’y mettre de la ferveur, le résultat ne se veut pas salvateur
Et même si des fois c’est un peu moralisateur, ne vous empressez pas de faire de moi un pasteur
Je ne m’affiche aucunement en sauveur, je ne suis qu’un bête transporteur
D’idées sans réelle saveur et dont les impacts sont mineurs.
Je n’ai aucune illusion de grandeur, j’écris avec candeur
En cueillant les mots comme des fleurs au gré de mes humeurs.
Dans notre monde de noirceur, ça fait du bien de jouer les branleurs
 

Ce qui me plait dans le slam c’est le côté libérateur face à l’imposition de certaines valeurs.
Quand de ta propre pensée tu es le bâtisseur, tu te laisses pas influencer par les dictateurs.
C’est juste toi face à ton clavier d’ordinateur où avec ta plume de créateur
Tu joues les beaux parleurs en songeant d’un air rêveur
Que tes faux talents de jacteur poseront une étoile dans les yeux de ta sœur
Ou un sourire aux lèvres d’un collaborateur pour un bon mot un peu farceur.
Peut-être que tout le monde ne peut pas se faire rimeur et des mots être un pourvoyeur,
Moi-même, je suis juste un petit colporteur, mais l’important c’est de trouver se qui vous rend meilleur.
Pis ne vous y trompez pas, votre rôle dans cette histoire à vous, est majeur, après tout… vous êtes l’auditeur.

Sur le deuil de la porte

Publié par Kanata le 6 août 2010

Description

On a tous des raisons de partir et tous des raisons de revenir. Et même si ça ne marche pas toujours, le but c’est d’essayer…

Sur le deuil de la porte

 

Je gare la voiture dans l’allée
Où toutes les fleurs sont fanées.
Ça fait longtemps que je ne suis pas venu,
Et les voir comme cela, j’en suis tout ému.
Quand tu étais là pour t’en occuper,
Elles étaient les plus belles du quartier.
Il fait nuit, personne ne m’a vu,
Tant mieux, car c’est plus dur que prévu.
Lentement j’ouvre la portière,
Prêt à poser le pied par terre.
Mon cœur va presque éclater
Mes yeux sont déjà tout embués.

 [REFRAIN]
J’étais perdu, alors j’ai fui.
Sans toi rien ne me retenait ici.
Après ton enterrement, je suis parti,
Espérant reprendre goût à la vie.

 À pas lents je m’approche du perron.
Si longtemps que je n’ai pas vu la maison.
Entre mes doigts moites, je sens glisser la clef,
Inconsciemment je l’ai laissé tomber.
Je me baisse pour la ramasser
Et sens monter un raz-de-marée.
Devant moi au pied de la porte,
Le facteur a laissé une pile d’enveloppes.
Sous mes yeux s’étale bien en clair
Ton nom en lettres moulées sur la première.
Je me redresse, m’essuie le nez d’un revers.
De nouveau tout s’écroule dans l’univers.

 [REFRAIN]

C’est trop je n’aurais pas la force.
Ton mari a perdu toute son écorce.
Sur le seuil je suis mis à nu.
Entrer affronter les souvenirs; je ne peux plus
Revoir les murs, revoir les lieux
Où nous avons été si heureux.
Pourquoi ai-je mis fin à mon errance ?
Je ne suis pas prêt pour cette souffrance.
Tu es témoin, j’ai essayé,
Mais c’est trop dur, j’ai échoué.
Je me retourne et rebrousse chemin,
En prenant garde de ne pas réveiller les voisins

 [REFRAIN]

 Dans l’enclave de la voiture
Je me laisse aller à la torture.
Je tremble, je crie, je pleure.
Je laisse fondre la douleur.
Derrière moi tout le matériel est là :
Tente, sac, bottes, tout le barda.
Il semble que mon périple ne soit pas fini,
Encore une fois je pars en catimini.
Je démarre tous feux éteints
Dans la pâle lumière du matin.
Ton visage dans mes rétines est gravé.
Je tourne et je quitte l’allée.

 [SUR L’AIR DU REFRAIN]
J’ai peur alors je m’enfuie.
Il n’y a vraiment plus rien pour moi ici.
Sans être même entré, je suis reparti.
Peut-être qu’à l’ouest cette fois j’aurais une vie.

Points culminants

Publié par Kanata le 1 août 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

On est en 2008, il y a encore des émeutes en France… Pour nous au Canada, c’est incompréhensible. D’une part des délinquants notoires qui se font arrêter, ça parait assez normal, d’autre part s’ils se font abattre par la police c’est tout de même un peu les règles du jeu… Ici il y a une phrase pour ça « if you can’t do the time, don’t do the crime » (si tu n’es pas prêt à en accepter les conséquences, ne commet pas le crime). Mais au-delà de ces considérations, c’est cette sempiternelle habitude de tout de suite sombrer dans la colère et la violence qui m’a poussé à écrire ce texte. C’est « très » banlieue, et c’est voulu…

Moi quand j’étais plus jeune dans la cité, j’étais loin d’être violent.
Y a qu’une seule fois dans ma vie où j’ai atteint le point culminant.
J’en étais déjà pas fier avant, je le suis encore moins maintenant.
Laissez-moi vous narrer l’histoire, éclairer le pourquoi du comment.
C’est une histoire d’école banale comme il y en a tous les jours
Quand t’es scolarisé dans un collège situé aux pieds des tours.
Dans cette histoire j’étais le plus grand, mais j’étais loin d’en imposer.
J’étais pas sportif pour un sou et je tiens aussi le rôle de l’opprimé.
J’étais un solitaire, je venais de déménager, c’était la galère,
Alors quand un groupe de trois ou quatre m’ont pris comme bouc émissaire,
Après la cantine à me littéralement me balancer des pierres,
Au bout de quelques jours ça m’a énervé, y a pas de mystère.

 À un certain moment j’ai senti l’envie de répondre par des coups,
Et forcément un jour y en eu un de trop un caillou.
J’ai choppé un des keums à ma portée, et à bout de bras je l’ai soulevé.
Puis sans plus réfléchir je l’ai jeté par terre et là tout c’est arrêté.
Le bruit mou de son corps quand sur le bitume il s’est fracassé,
Ça éclaboussait du sang partout, je venais de lui péter le nez.
Pendant qu’on le transportait à l’hôpital, moi je suis resté figé.
C’est son enseignant qui m’a pris par la main pour me remettre sur pied.
Putain je crois bien que sur le moment ce prof je l’aurais buté,
Il m’a forcé à prendre la parole devant toute sa classe pour m’expliquer.
J’avais la rage je comprenais pas je me voyais comme la victime,
Mais l’importante leçon de ce jour là c’était qu’il faut expier ses crimes.
J’espère qu’au collège il y en reste des profs comme ça qui donnent des leçons,
Moi en tout cas monsieur, sachez que je vous remercie de m’avoir poussé à dire pardon.

 Dans la vie tu croises des carrefours et tu prends des tournants,
Parfois tu peux même te retrouver au milieu d’un rond-point culminant.
Dans cette minute, dans cette seconde, dans cet instant,
Quelqu’un peut faire la différence pour que tu tournes pas délinquant.
En cette sombre journée je dus mon salut à un enseignant.
Bien sûr après le proviseur a appelé mes parents,
Et c’est là que l’éducation parentale joue son rôle doré.
Comme les miens m’ont bien éduqué, ils n’ont rien eu à ajouter.
De voir la déception de ma mère au fond de ses pupilles,
C’était pire que de me mettre devant un peloton avec des fusils.
Respecter ta mère, respecter ton père, respecter tes profs,
Ça pourrait être une bonne morale pour ces quelques strophes…

 Mais je n’en ai pas encore tout à fait fini avec cette journée,
Il y a autre chose que ces événements m’ont apportés.
Si tu crois comme moi que la force de chacun est dans son caractère,
Alors tu comprends l’importance de ne pas succomber à la colère.
Quand tu apprends que la violence n’est jamais une solution,
Tu peux t’estimer content, car tu es sur le chemin, le bon.
Voilà j’ai partagé avec toi une de mes petites galères
C’est pas grand-chose, y a pas eu mort d’homme, ya eu pire sur cette Terre.
Mais je me suis dis que ça pouvait peut-être t’aider à comprendre
Le poids de certaines décisions que tu seras amené à prendre
Et que sérieusement c’est important d’identifier précisément
Toutes ces étapes qui dans la vie marqueront TES points culminants.

L’orage de banlieue

Publié par Kanata le 9 juillet 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée. Celui-ci a de plus la particularité d’être à deux voix.

Description

J’ai un souvenir vivace de ce texte. J’étais au sous-sol de la maison (aménagé en pièce à vivre), à Toronto, bien au chaud.
Il était minuit passé quand un de ces violents orages printaniers s’est subitement abattu, très proche. Je l’ai observé quelques instants par les petits vasistas et j’ai commencé à écrire…

Ce texte a la particularité d’être à deux voix. dans ce qui suit « le citadin » sera en noir et « le gamin » en bleu.

Le tonnerre gronde dans le lointain.
Je referme la fenêtre et ne pense à rien.
Je suis au chaud, bien à l’abri.
C’est pas comme si je risquais ma vie.

Il y a des choses qu’il faut savoir,
des trucs connus dans les terroirs.
C’est quoi déjà qu’on m’a appris ?
Sur les orages et sur la pluie ?

Faut pas courir dans les clairières,
par peur d’être foudroyé d’un éclair.
Et s’abriter sous un sapin ?
Non, je crois que c’est pas très malin.

 J’en suis plus sûr, je suis pas certain,
toutes ces leçons elles sont bien loin.
Pis faut admettre, ça me sert à rien,
moi qui ne suis qu’un citadin.

Le tonnerre gronde dans le lointain.
Je me cache les yeux avec les mains.
Mes os sont gelés, je suis transi.
Cette fois, je crois bien que c’est fini.

 Au plus fort de mon désespoir,
j’ai pas pensé qu’il pourrait pleuvoir.
De toute façon, j’avais pas le choix,
je suis sûr qu’il m’aurait tué cette fois.

 Si fatigué, j’ferme les paupières,
mais je sursaute aux coups de tonnerre.
La pluie ruisselle même sous ce sapin.
Je me demande si je connaîtrais demain.

 Les injures, les coups, c’était le trop-plein,
alors j’ai fugué ce matin.
J’crois plus aux bons samaritains,
Cette nuit je cesse d’être un gamin.

Les voisins sont pas en train de gueuler,
je vais en profiter pour me coucher.
J’espère qu’il fera meilleur demain,
Car j’aime ma balade du matin.

Ça me déstresse moi qui bosse fort.
C’est plus efficace que le sport.
On verra bien, je me roule au chaud.
Sous la couette, c’est l’heure du dodo.

J’essuie mes larmes toutes séchées.
Je commence à être vraiment fatigué.
Je suis brisé, j’n’espère plus rien.
J’aimerais qu’il n’y ait plus de lendemain.

Glacé, je tremble de tout mon corps,
Ha! Ça y est, enfin je m’endors.
Le vent, la pluie m’ont engourdi,
c’est presque comme si j’étais au lit.

Y’a du soleil, c’est merveilleux !
Je suis mort, plus la peine d’ouvrir les yeux.
Je vais pouvoir faire ma balade.
Je m’envole tel un nomade.

Ce fut le pire de tous les matins,
J’ai découvert le corps d’un gamin.
Recroquevillé sous un sapin,
J’ai reconnu mon petit voisin…