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L’autoroute

Publié par Kanata le 27 mars 2011

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

Nous sommes au XXIe siècle, la vie n’est plus un long fleuve tranquille depuis longtemps, ceci est ma version « du chemin », celui que nous avons tous pris, et qui se finira immuablement de la même manière pour tous.




C’est le temps du grand voyage et tu as tout bien préparé ta nouvelle tire
Fais attention sert bien à gauche, c’est bon t’as pas loupé ta sortie, respire.
Il est tôt, il fait encore nuit et tu écarquilles les yeux
Histoire d’habituer un peu ta vue à la route qui défile sous tes feux.
Tu te mets quelques comptines sur l’autoradio,
Ça t’amuse il y a plein de mots rigolos.
T’as peur d’être un peu perdu et tu sais pas trop où aller,
Mais une autoroute, ça va tout droit, suit les autres ils vont te guider.
Tes premiers kilomètres sont déjà bien vite avalés,
Quand tu vois le ciel qui change au loin, c’est le jour en train de se lever.
La vue retrouvée tu te familiarises mieux avec ton véhicule,
Pas besoin de maitriser la marche arrière, sur l’autoroute y a pas de recul
Ton CD change de plage et diffuse des génériques de dessins animés,
Toi t’aimes, ça te fait bien marrer.
Tu apprends les accessoires, tous les boutons de ton habitacle,
Si bien que rapidement tu as l’impression de maitriser ton fiacre.
Tu veux le pousser, le faire virer et slalomer pour pas te traîner,
Tu prends des risques, t’es invincible il n’y a plus rien qui peut t’arrêter,
Tu mets les gaz tu te laisses rouler, t’es à fond,
Dans la stéréo fuse du hip-hop c’est que du pur son.
Mais attention, sirènes, gyrophares, un accident! Tu piles,
En un instant ton invincibilité s’éclipse et tu te sens plus fragile.
Les autres derrière ils avaient peut-être abusé des substances,
Et c’est pour ça qu’ils sont dans la rambarde à attendre l’ambulance.
Toi t’as pu te faufiler même avec tes petits excès,
Maintenant t’es conscient qu’il faudrait songer à t’arrêter.
Tu cherches des yeux, mais c’est pas si facile de trouver un panneau,
Il n’y a rien qui indique quoi que se soit sur une aire de repos.
En attendant tu changes la zic pour Renaud et Manu Tchao,
Ça te rassérène un peu d’entendre de bons mots.
C’est pas grave tu te dis que t’es pas si fatigué, que tu peux continuer un peu,
À un moment faudra quand même songer à faire le plein et vérifier les pneus.
Tiens justement ça ralenti devant, qu’est-ce que c’est ?
Juste un péage, sur l’autoroute y a toujours quelque chose à payer.
On avait beau t’avoir prévenu, ça fait jamais plaisir,
Tu sors ton portefeuille et tu payes sans faire un sourire.
Au moins de l’autre côté il y a une station d’essence,
Tu t’arrêtes faire le point avant de repartir dans ton errance.

Maintenant tu regardes plus trop le paysage et t’es plutôt blasé.
Tu rencontres quelques ralentissements et t’as l’impression de te trainer.
Il y aurait bien la file d’arrêts d’urgence pour doubler,
mais tu préfères tout de même faire attention,
Tu voudrais pas finir dans le fossé comme un con.
Tu fouilles dans la boîte à gants à la recherche du CD de la star ac’,
Non faudrait peut-être pas abuser tu vas pas non plus tourner réac’.
Alors, tu patientes en comptant lentement les kilomètres qui passent,
Quand tout d’un coup un bruit bizarre semble venir de la culasse.
Tu tends tes deux oreilles d’un air inquiet,
Et tu te déportes lentement sur la bande d’arrêt.
Un peu plus tard le dépanneur te fixe ça en peu temps,
Mais il t’explique bien qu’il faudra faire attention maintenant.
Tu reprends la route, t’as coupé la musique, t’as plus le cœur,
Tu préfères pouvoir écouter ce qui se passe dans le moteur.
Ça fait un peu peur de ne pas pouvoir compter sur sa tire,
T’as l’impression qu’à chaque moment elle peut lâcher au gré de ses désirs.
Alors, tu décides de t’arrêter à la prochaine station,
Et cette fois de prendre ton temps avant de payer l’addition.
Mais tu t’aperçois bien vite qu’il y a des gens que tu lasses,
Ils aimeraient bien que tu bouges pour prendre ta place.
Et finalement, tu te retrouves de nouveau sur l’autoroute,
T’es plus très sûr pourquoi t’es là t’as des doutes.
Tu commences aussi à être vraiment fatigué,
Tu roules plus lentement, sur la file de droite bien collé.
Tu te mets du Vivaldi en espérant que ça t’empêchera de t’endormir,
De toute façon, t’es plus trop inquiet des bruits de ta tire.
Tu repenses à ta ville et ton insouciance,
Mais les revoir dans le miroir t’as aucune chance.
Il est bien trop loin ton périphérique adoré,
C’est dommage parce que là-bas quand t’as fini la boucle, tu peux recommencer.
T’as compris maintenant que l’autoroute c’était une ligne droite,
Tu as pu choisir ta conduite, mais la marge de manœuvre était étroite.
En fonction de son style, on peut rencontrer des travaux ou des accidents,
Ou bien rouler peinard sans accro ni rien d’excitant.
Selon l’heure où on part on peut avoir beau temps sur toute la route,
Ou on peut se taper une partie du trajet sous les intempéries et ça dégoutte.
Il y a des choses qui dépendent de soi et d’autre beaucoup moins,
On n’est pas vraiment tous égaux sur l’asphalte de ce chemin.
Mais il y a quand même quelque chose qu’on partage tous à l’identique,
C’est que chacun y trouve sa propre borne kilométrique.
Mais déjà pour toi les haut-parleurs sonnent le dernier glas majeur,
Tu viens de voir le panneau de ta sortie, ça y est : c’est ton heure…

Laisser aller

Publié par Kanata le 24 mars 2011

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

Il n’y a pas de raison de toujours faire « du lourd », des fois il faut bien se détendre un peu, lâcher prise… Alors, celui-ci est plus guilleret, promis !

 

Moi j’aime marcher dans le cœur d’une ville grise et embrumée
Il n’y a plus de manière de style ou de démarche qui tiennent
Quand je me balade dans ses rues, la ville est mienne
C’est peut-être parce que je vois les choses différemment
C’est peut-être parce qu’au fond de moi il y a plein de choses que je comprends
C’est peut-être aussi parce que je suis né là au milieu du bitume
Que je peux naviguer dans la grisaille de la foule sans amertume
Je vois bien autour de moi toutes ces personnes pressées
Même que des fois j’ai envie de leur dire de s’arrêter
S’arrêter rien qu’un instant, un petit moment
Et puis comme moi se laisser aller, regarder les gens
C’est fou ce que tu peux découvrir quand tu te donnes la peine de regarder
Y a plein de choses qui se passent tous les jours le long de ton trajet
Regarde là-bas, tu les vois les deux tourtereaux ?
Ça fait deux semaines, tous les matins que lui il fait le beau
T’as remarqué, elle lui a soufflé un long bisou
À mon avis, cette fois, il a conclu ce petit filou.
Et là l’odeur dans tes narines, c’est de la croissanterie
Tu l’avais jamais vue, aller vas-y, prend toi une gâterie
Et le chien au coin qui fait ses besoins dans le caniveau.
C’est dans sa crotte que tu marches tous les matins en courant pour ton métro

Laisse-toi aller, laisse-toi rêver, l’espace d’un moment
avec ta ville, soit connecté même juste un instant
Si tu souris ou si tu pleures, tout ira bien
Peut-être que tu rencontreras un autre être humain
Laisse-toi aller, viens t’envoler, vas-y soit dément
Pour la première fois, sois toi-même au milieu des gens
Tu crains personne, il ne peut plus rien t ’arriver
T’es simplement en train de te laisser aller.

Mais oui, je sais bien qu’on peut pas toujours tout combiner
Métro, boulot, dodo il faut savoir assumer
Je te demande pas non plus de tout arrêter
Mais simplement de ralentir, de tempérer.
C’est quoi le drame si tu pars 5 minutes plus tôt ?
Elle est où l’embrouille si tu prends le prochain métro?
Et le soir c’est quoi qui te fait courir, l’idée du plumard?
Me dis pas que c’est pour pas louper un feuilleton ringard.
À toute saison, à toute époque la ville est belle
Même sous la pluie, moi je ralentis, elle m’ensorcelle
Et si des fois de plein fouet je suis touché
Tu verras même deux petites larmes sur mes joues couler
Y a pas de honte, c’est pas tragique d’aimer ce qui est beau
Même si des fois c’est juste une plume qui s’envole dans l’air chaud
C’est des petits trucs comme ça qui font que tu peux continuer
Sans finir dans dix ans totalement déprimé
Enfin moi je dis ça, je devrais même pas m’en mêler
Après tout c’est ta vie, fais ce que tu veux, c’est à toi de décider.
Moi je ne marche pas au même rythme que tout le monde
Je me laisse rouler, après tout la Terre est ronde
Et si des fois je souris béatement ou j’ai les joues humides
J’ai pas besoin de me regarder dans une glace, je sais que je n’ai pas l’air stupide.

Laisse-toi aller, laisse-toi rêver, l’espace d’un moment
avec ta ville, soit connecté même juste un instant
Si tu souris ou si tu pleures, tout ira bien
Peut-être que tu rencontreras un autre être humain
Laisse-toi aller, viens t’envoler, vas-y soit dément
Pour la première fois sois toi-même au milieu des gens
Tu crains personne, il ne peut plus rien d’arriver
T’es simplement entrain de te laisser aller.

Sans opinion

Publié par Kanata le 21 mars 2011

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

Je ne suis pas militant, et fier de l’être – ou de ne pas l’être ? Une ôde à tous ceux qui sont au-dessus ça, en quelque sorte 😉


On m’a reproché souvent de ne pas avoir d’opinion,
De parler, enfin d’écrire, beaucoup sans trop me mouiller dans le fond.
Moi je vous le dis : si vous croyez que je n’ai pas d’opinion, ben c’est la vôtre.
Je ne suis pas une girouette, je ne fuis pas les tempêtes, mais je n’ai jamais dit que j’étais un apôtre.
Ma philosophie c’est « sans opinion ça permet de les contempler toutes »,
De ne pas s’ancrer dans des vérités fabriquées et de pouvoir vivre avec le doute.
Parce que quand tu sais que tu ne sais pas, tu ne peux que chercher,
Et que ça reste le meilleur moyen d’approcher toutes les vérités.
C’est une démarche où tu vas te viander, où il y aura des ratés,
Mais c’est une philosophie qui t’aidera chaque fois à te relever.
Pauser un regard neuf sur les choses à chaque fois,
C’est refuser d’abolir au profit des préceptes ce que tu penses toi.
La vérité, personne ne peut se vanter qu’il la détient,
Ce qui est intéressant c’est d’essayer d’en trouver le chemin.
Et moi si les opinions des autres je vais rarement m’y endoctriner,
J’ai mes raisons c’est que je relativise, laisse-moi t’expliquer :

Être capable d’analyser la réalité de chacun.
Avoir un minimum d’empathie avec son voisin.
Être conscient du tiers-monde, de la pauvreté et de la faim,
Tout en pouvant accepter leur lourd tribut chaque matin.
La conscience chargée de ces injustices et pourtant faire quelque chose de sa journée,
Parce que ne rien faire et se plaindre, ça serait ça vraiment tout ignorer.
Savoir que les mots sont toujours plus forts que les armes,
Que la vraie force c’est simplement de pouvoir verser une larme,
Que devant cette vie chaque jour bourrée de drames,
C’est de pouvoir traverser tout ça en conservant son âme.
Comprendre qu’écouter, éduquer, guider, aider, mais surtout inspirer,
Sont les plus beaux outils que l’on puisse à jamais partager.
Sentir que chaque particule d’air que l’on déplace en avançant,
Peut concrétiser un rêve ou provoquer un ouragan.
Contempler notre planète, cette Terre,
Qui a pris 5 milliards d’années avant d’être notre mère.
Relativiser notre présence et notre impact.
Nos dégâts écologiques nos pamphlets et nos tracts,
Ne sont là que parce que nous avons peur de ne pas nous en sortir intact,
Mais dans le film de l’évolution géologique, nous n’avons aucun acte.
Réaliser que notre roc n’est que poussière d’étoiles,
Au sein de la voûte céleste, juste une épingle dans la toile,
Qu’à des distances incalculables, de l’autre côté des cieux,
Il y a quelqu’un qui trouve ce petit point bleu clignotant bien curieux.
Avoir conscience des possibilités à l’autre bout du cosmos là-bas,
Et pourtant, être parfaitement à l’aise avec ça.
Nous sommes peu de choses, juste un microbe dans l’univers,
Et si c’est ça ne pas avoir d’opinion, alors oui, j’en suis fier.

Mon encrier est vide

Publié par Kanata le 21 octobre 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

Un peu spécial, il s’agit d’un texte où je m’étais imposé une règle : Chaque nouveau vers reprend la dernière syllabe du vers précédent, les rimes sont donc sortantes/entrantes.

Mon encrier est vide et j’ai le vague à l’âme
Amertume du temps qui passe, je crois bien que c’est ça le drame.
Amerrissage brutal de mon esprit en eaux troubles
Oubli des atouts sociaux qui me fait voir le mal en double.
Oubliettes sombres des recoins de ma pensée
pulture et amertume sont tout ce qui me vient à l’idée.
sespoir du mal qui m’entoure de son voile noir,
Noirceur profonde du JT de ce soir.
Soirée morne des reflets de notre socié
lévisée où les horreurs du monde aseptisées
S’étalent en acte final de notre journée.
cessaire halte avant de pouvoir se plonger
rant nos friandises devant une série té
galisant la lobotomie générale de la population
Sioniste ou pas, quelque soit la religion.
On dit que la nuit tous les chats sont gris,
Grièvement, j’ajouterais que tous les téléspectateurs sont pris.
Prisonniers et que plus rien ne les attend,
Tandis qu’ils se bâfrent, sourds aux cris distants.
Tango lointain de ceux qui n’ont plus rien
Indécis devrais-je m’en laver les mains
Maintenant ou bien prendre les devants
Vandaliser les préceptes de notre temps.
Tant-pis si cela me revêt d’une étiquette de militant,
Tant-pis si je vous apparais subitement d’un autre camp.
Cambrer les reins pour se propulser du cana,
trifié par l’horreur vais-je enfin me révolter ?
moin amer de notre monde d’illusions,
Honteux de l’oblique tangente que nous prenons.
Nonobstant force est de me remémorer,
aliser qu’aux créneaux je ne peux pas monter.
Terrorisé que je suis par les foules joviales,
Aller saisir ma plume et écrire : c’est ça mon geste social.
À l’aise avec les mots bien plus qu’avec les hommes,
Homéopathe du vers et docteur de la rime.
Mais ce soir malheureusement mon encrier est vide
Hideux moment d’angoisse où je deviens lucide.
Identifiant sans peine que pour ne pas perdre la raison,
Onze millilitres d’encre se remplacent facilement par un crayon.
Rayon d’espoir à cette idée très méritante;
Terrible déception : tous mes crayons réclament de l’encre.
Revirement de situation déplaisant s’il n’en fut,
Furax, je craque et patraque je laisse couler le flux.
Luxuriant liquide lacrymal je me mets à pleurer,
Raisonne alors l’espoir lorsque j’ai rempli mon encrier.
Était-ce donc là le secret : le remplir de larmes ?
Maintenant mon encrier est plein, il fallait juste le recharger d’âme

Double nationalité

Publié par Kanata le 23 septembre 2010

Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

C’était en 2008, on remballait nos affaires pour revenir en France après plus de 9 ans au pays du froid. Période de bilan, de questions, et d’inquiétude aussi…

On me demande souvent si je suis content de rentrer
Comme si ces dix dernières années je n’avais été qu’un étranger
Venu ici temporairement pour gagner plein d’argent
Et s’en retourner bourré d’Euro dans l’ex-pays du Franc
C’est le terme « retour » à moi qui me pose un problème majeur
Ça sous-entend que j’admets que Paris a toujours été ma demeure
Et si c’est vrai que Paname sera toujours dans mon cœur
Faut pas oublier que j’ai vécu 10 ans avec un décalage de 6h
Dorothée dit « il n’y a pas de meilleur endroit que sa maison »
Entre Paris et Toronto, faut-il vraiment que je me fasse une raison ?
Pourquoi c’est pas possible d’avoir deux cœurs identiques ?
Un pour la ville où tu es né et l’autre pour une ville magique,
Celle qui t’a reçu à bras ouvert sur ta terre d’accueil
Celle pour qui partir c’est un peu comme un petit deuil.

Je fais un mauvais trip, j’ai la double nationalité
Ça veut dire qu’il y a deux pays où je suis un étranger

Partir ou revenir, dépendant comment on veut le définir,
Ça reste bien sûr une aventure, et dans la vie y a pire.
Et je vais pas me plaindre, je peux pas dire que je suis malheureux
Mais je dois quand même avouer que ça me rend un peu anxieux.
Quand je suis venu au Canada c’était le néant total,
Je ne savais pas ce que j’y trouverais ou si je crèverais la dalle
Mais je crois que c’est pire de revenir dans un pays que t’as connu
J’aurais pas l’air d’un con si une fois là je reconnais plus mes rues.
Et puis au niveau du parler, du phraser, je parie que ça a beaucoup changé
Ça va sûrement me prendre un peu de temps pour me réadapter
En plus j’aurais même pas l’excuse de pas parler la langue
Quand t’y penses bien c’est un comble quand t’es bilingue
Je crois que ça prendra un certain temps d’adaptation
Avant que mon répertoire de vannes ne paraisse pas trop bidon.

Je fais un mauvais trip, j’ai la double nationalité
Ça veut dire qu’il y a deux pays où je suis un étranger

C’est qu’en 10 ans il s’en est passé des choses,
Quand je suis parti, le Franc n’était pas une affaire close.
Il semble que le pays ait survécu à deux présidents
Je pourrais même pas dire s’ils ont changé de camp.
Et puis y a toutes ces petites choses de la société
Les expressions empruntées aux pubs ou au ciné
On m’a dit aussi que l’Internet s’était bien développé
Et que grosse nouvelle y avait un black pour présenter le JT
Ça, c’est un autre aspect où je vais devoir m’habituer lentement
Vois-tu c’est qu’ici la minorité, ben c’est les blancs.
Tu vois tous ces petits trucs qui pour toi sont quotidiens
Mets-toi à ma place et comprends que moi ça ne me dit rien
Quand t’es baigné dedans tu t’en rends même pas compte
Mais quand tu reviens de loin t’as vite fait te mettre la honte

Je fais un mauvais trip, j’ai la double nationalité
Ça veut dire qu’il y a deux pays où je suis un étranger

Et puis bien sûr il va y avoir tous les p’tits bonheurs
Comme le café au lait le matin avec un croissant au beurre
L’odeur de pain chaud après la première fournée
Quand tu chopes ton bus pour démarrer la journée
Je vais retrouver les vrais transports en commun
Crois-moi sur parole, mais c’est mieux que rien
Il y a 4 millions de personnes à Toronto
Et c’est seulement desservi par trois lignes de métro
Je ne bois pas beaucoup, mais je vais retrouver les bistrots
À chaque coin de rue avec leurs enseignes du Loto
Au cinéma les films seront faits par des Français.
J’suis peut-être chauvin, mais c’est de meilleure qualité.
Y aura Paris, sa Seine et les balades sur les quais
Y aura tout un tas de musées à visiter

Après tout, c’est pas casse-pipe, j’ai la bonne nationalité
Alors quand vous me verrez, me traitez pas en étranger.