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Quand la réalité dépasse la fiction

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Découvrez l’envers du décor.

Description

Ça a commençé comme une boutade sur le film « Terminator », ça s’est fini avec cette nouvelle. Un hommage à tous ces films qui nous font rêver si fort.
20 000 caractères

Extrait

 

 Quand la réalité dépasse la fiction

1

Jessica Parker aimait à dire qu’elle avait quelque chose de Maria Conchita Alonzo. Avec son petit mètre soixante-dix, ses longs cheveux noirs de jais et sa peau bronzée qui lui venait d’une mère mexicaine, elle était aussi fine et racée que l’actrice.

Cette jolie fille était secrétaire dans une grande société d’import-export. Malgré son physique avenant, à vingt-sept ans, elle vivait toujours seule. Sans être une croqueuse d’hommes, elle aimait tout de même le changement, et sa vie n’avait pas encore croisé celle du prince charmant de ses rêves. Et des rêves, Jessica en avait. Son imaginaire était peuplé d’acteurs et d’actrices, d’images de film et de scénarii. Sa seule passion était en effet le cinéma. Elle y allait au moins deux fois par semaine. Elle aimait tous les styles, du grand public au cinéma d’auteur en passant par les dessins animés.

Dans sa tête, un prince charmant devait avoir quelque chose de Mel Gibson et d’Harrison Ford ou de Christian Slater, Keanu Reeves ou encore de Kieffer Sutherland.

Ce soir-là, comme beaucoup d’autres, elle allait au cinéma en sortant de son bureau. Au programme : L’évadée du futur. Un film fantastique qui valait le détour, d’après les critiques.

Jessica connaissait parfaitement les horaires et les habitudes du cinéma. Elle prenait un malin plaisir à arriver dans la salle juste avant l’extinction des lumières. Elle attendit donc deux ou trois minutes sur le trottoir d’en face, avant d’aller chercher son billet. L’avenue était bondée, à pied comme en voiture, les travailleurs rentraient chez eux. À 18 h 07 précise, Jessica se présenta à la caisse. Elle sortit sa carte de fidélité qui lui donnait droit au tarif réduit, et prit un billet. À 18 h 08 elle était dans les couloirs qui menaient à la salle. 18 h 09 elle entrait dans la salle et s’installait dans les rangs du milieu. À 18 h 10, les lumières s’éteignaient pour laisser la place aux annonces et aux publicités. Jessica souriait, encore une fois, elle avait réussi.

Quand la lumière revint après les publicités, Jessica fit un tour d’horizon de la salle. Il n’y avait pas plus d’une vingtaine de personnes. Il fallait dire qu’à cette séance, il y avait rarement du monde.

Bientôt, les lumières baissèrent progressivement, pour s’éteindre tout à fait. L’écran s’illumina alors en blanc, puis le logo de la Tri-Star apparut. Pendant que le cheval ailé de la firme traversait l’écran, Jessica se cala confortablement dans son fauteuil pour jouir du spectacle à son aise.

Pour mettre le spectateur dans le bain tout de suite, le film commençait par la vue d’un écran de télévision ultra moderne qui diffusait les informations. Un moyen classique, mais efficace. On comprenait rapidement, au fil des reportages et des paroles du journaliste, que la violence était partout. La surpopulation faisait des ravages, on contrôlait la nourriture et les naissances. Tous les morts étaient incinérés pour gagner de la place, et il n’existait plus que d’immenses tours de plus de cent-cinquante étages pour tout logement.

Le portrait de cette année 2040 était brossé. L’héroïne entra alors en action. Elle éteignit le poste de télévision. Un panoramique de l’appartement montra les habitudes de vie de l’époque et donna une idée de la classe sociale du personnage. Quelques minutes plus tard, l’héroïne partait pour son travail ; elle était employée dans une compagnie d’électroménager.

Au fur et à mesure que le film avançait, l’héroïne découvrit que la compagnie faisait partie d’un gigantesque trust. On y faisait en fait des recherches confidentielles sur le développement d’un neurotransmetteur, sorte de petit appareillage électronique destiné à être placé dans la boîte crânienne des nouveaux nés. Ainsi, on pouvait réguler leurs impulsions. Plus tard, on pourrait en faire des guerriers sans peur ou des ouvriers acharnés. Seule une élite ne recevrait pas cet instrument, afin de diriger le monde. En fait, l’humanité était en passe de devenir une gigantesque ruche.

Avec l’aide de l’un des chercheurs qui y travaillait contre son gré, l’héroïne réussit à détruire l’instigateur de ce projet démoniaque ainsi que les prototypes. Mais comme le monde était injuste, elle se vit accusée de sabotage par les autorités qui n’avaient pas compris l’importance du problème. Traquée dans toute la ville par la police, elle se voyait déjà prise et exécutée, quand son complice, mortellement blessé par balle lui donna le moyen de s’enfuir.

Il lui expliqua en effet qu’il travaillait sur un projet personnel de voyage dans le temps. Avant de mourir, il lui fit promettre de se sauver et de détruire la machine, qui dans ce monde de fous, ne pourrait servir que d’engin de guerre.

Au final, l’héroïne parvenait à atteindre l’appartement du chercheur. Elle y découvrit la machine, la régla trente ans en arrière et plaça une charge de plastic. Dans un suspense à l’américaine, la salle vit alors la machine exploser en même temps que l’héroïne disparaissait.

Quelques secondes plus tard, après avoir vu la police constater la mort de l’héroïne, il y avait un changement de cadre. 2010, à San Francisco, l’héroïne entrait dans un appartement spacieux et allumait la télévision. Guerre, assassinat, famine. Elle éteignait le poste d’un geste rageur et le film se terminait sur son visage au regard triste et profond.

Pendant que la salle se vidait, Jessica reprit peu à peu contact avec la réalité. Le film était bien mené, la musique envoûtante, et l’on s’y laissait prendre. Un bon film de science-fiction, pensa-t-elle.

Restée seule dans la salle, elle se dirigea vers la sortie, la tête encore pleine des images du film. Il lui fallut longer les longs couloirs obscurs qui menaient tel un dédale vers une hypothétique sortie. Chaque fois, cela la faisait sourire. Pourquoi la sortie était-elle si loin, et surtout, pourquoi avoir laissé les couloirs tels quels ? Avec les murs de béton nu et les petites ampoules, elle avait chaque fois l’impression que le cinéma voulait la retenir.

Enfin, elle arriva à la porte, l’ouvrit et se retrouva dehors. Derrière elle, le battant se referma automatiquement. Jessica leva les yeux pour admirer le ciel étoilé. Tout d’abord, elle crut être encore plongée dans le film. En effet, devant elle, le paysage n’était pas du tout ce qu’il aurait dû être. Au lieu de la grande avenue commerçante, il y avait une voie bordée d’immenses tours. Rapidement, Jessica dut déchanter. Elle ne rêvait pas. Les tours étaient bien là ! En tout point identiques à celles du film.

Elle se retourna d’un bloc. Au lieu de voir la porte du cinéma, elle vit un mur couvert de graffiti.

— Mais qu’est-ce qui m’arrive ? murmura Jessica. Je deviens folle ou quoi !

Soudain, une escouade hurlante de voiture de police traversa l’avenue. La forme des voitures était semblable à celles du film. Jessica s’avança un peu sur le trottoir. Les passants étaient rares. Sur sa droite, un homme approcha.

— Jess, fit l’homme. Viens, ne restons pas ici.

Il la prit par le bras et l’entraîna dans la rue. Muette de stupéfaction, Jessica ne trouva rien à dire. Elle ne connaissait absolument pas ce type.

Ils continuèrent à marcher.

— C’est comme cela que l’on risque le moins d’être écouté, fit l’homme en regardant Jessica. J’ai fait la petite enquête que tu m’as demandée. Tu avais raison. Cette boîte ne fait pas que de l’électroménager. Ils ont un laboratoire de recherche, et vu les sommes qui y ont été englouties, ce doit être un sacré morceau. Écoute, je n’ai pas de conseils à te donner, mais tu devrais laisser tomber. Ça sent le roussi cette histoire. Il y a des gros bonnets là-dessous.

— Mais… lâcha Jessica qui ne comprenait pas.

— Je sais, comme d’habitude tu n’en feras qu’à ta tête. Mais ne viens pas me dire que je ne t’aurais pas prévenu. Un conseil, rentre chez toi et oublie tout ça.

L’homme lui lâcha le bras et accéléra.

— Je te laisse, on s’appelle ?

À SUIVRE…

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