Note

Les « textes à voix » comme leur nom l’indique, trouvent toute leur valeur lorsqu’ils sont parlés, et donc écoutés. Les liaisons, les élisions et leur rythme en général risquent de ne pas être retranscrits correctement par une simple lecture. C’est sans doute paradoxal pour un texte écrit, mais c’est aussi ce qui fait toute la force de la tradition orale et contée.

Description

C’était en 2008, on remballait nos affaires pour revenir en France après plus de 9 ans au pays du froid. Période de bilan, de questions, et d’inquiétude aussi…

On me demande souvent si je suis content de rentrer
Comme si ces dix dernières années je n’avais été qu’un étranger
Venu ici temporairement pour gagner plein d’argent
Et s’en retourner bourré d’Euro dans l’ex-pays du Franc
C’est le terme « retour » à moi qui me pose un problème majeur
Ça sous-entend que j’admets que Paris a toujours été ma demeure
Et si c’est vrai que Paname sera toujours dans mon cœur
Faut pas oublier que j’ai vécu 10 ans avec un décalage de 6h
Dorothée dit « il n’y a pas de meilleur endroit que sa maison »
Entre Paris et Toronto, faut-il vraiment que je me fasse une raison ?
Pourquoi c’est pas possible d’avoir deux cœurs identiques ?
Un pour la ville où tu es né et l’autre pour une ville magique,
Celle qui t’a reçu à bras ouvert sur ta terre d’accueil
Celle pour qui partir c’est un peu comme un petit deuil.

Je fais un mauvais trip, j’ai la double nationalité
Ça veut dire qu’il y a deux pays où je suis un étranger

Partir ou revenir, dépendant comment on veut le définir,
Ça reste bien sûr une aventure, et dans la vie y a pire.
Et je vais pas me plaindre, je peux pas dire que je suis malheureux
Mais je dois quand même avouer que ça me rend un peu anxieux.
Quand je suis venu au Canada c’était le néant total,
Je ne savais pas ce que j’y trouverais ou si je crèverais la dalle
Mais je crois que c’est pire de revenir dans un pays que t’as connu
J’aurais pas l’air d’un con si une fois là je reconnais plus mes rues.
Et puis au niveau du parler, du phraser, je parie que ça a beaucoup changé
Ça va sûrement me prendre un peu de temps pour me réadapter
En plus j’aurais même pas l’excuse de pas parler la langue
Quand t’y penses bien c’est un comble quand t’es bilingue
Je crois que ça prendra un certain temps d’adaptation
Avant que mon répertoire de vannes ne paraisse pas trop bidon.

Je fais un mauvais trip, j’ai la double nationalité
Ça veut dire qu’il y a deux pays où je suis un étranger

C’est qu’en 10 ans il s’en est passé des choses,
Quand je suis parti, le Franc n’était pas une affaire close.
Il semble que le pays ait survécu à deux présidents
Je pourrais même pas dire s’ils ont changé de camp.
Et puis y a toutes ces petites choses de la société
Les expressions empruntées aux pubs ou au ciné
On m’a dit aussi que l’Internet s’était bien développé
Et que grosse nouvelle y avait un black pour présenter le JT
Ça, c’est un autre aspect où je vais devoir m’habituer lentement
Vois-tu c’est qu’ici la minorité, ben c’est les blancs.
Tu vois tous ces petits trucs qui pour toi sont quotidiens
Mets-toi à ma place et comprends que moi ça ne me dit rien
Quand t’es baigné dedans tu t’en rends même pas compte
Mais quand tu reviens de loin t’as vite fait te mettre la honte

Je fais un mauvais trip, j’ai la double nationalité
Ça veut dire qu’il y a deux pays où je suis un étranger

Et puis bien sûr il va y avoir tous les p’tits bonheurs
Comme le café au lait le matin avec un croissant au beurre
L’odeur de pain chaud après la première fournée
Quand tu chopes ton bus pour démarrer la journée
Je vais retrouver les vrais transports en commun
Crois-moi sur parole, mais c’est mieux que rien
Il y a 4 millions de personnes à Toronto
Et c’est seulement desservi par trois lignes de métro
Je ne bois pas beaucoup, mais je vais retrouver les bistrots
À chaque coin de rue avec leurs enseignes du Loto
Au cinéma les films seront faits par des Français.
J’suis peut-être chauvin, mais c’est de meilleure qualité.
Y aura Paris, sa Seine et les balades sur les quais
Y aura tout un tas de musées à visiter

Après tout, c’est pas casse-pipe, j’ai la bonne nationalité
Alors quand vous me verrez, me traitez pas en étranger.

Choisissez votre poison :