Marqueur 26 – épisode 1
Publié par Kanata le 26 septembre 2010
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La surface lisse de la petite flaque d’eau reflétait le ciel plombé aussi parfaitement qu’un miroir. On pouvait y voir tous les détails des lourds nuages gris qui défilaient mollement des kilomètres plus haut. Tout était paisible sur cette étendue aquatique miniature. Il n’y avait pas le moindre souffle d’air pour rayer ce vernis parfait. Pourtant, les bords commencèrent à se boursoufler et des vaguelettes à se former. Le sol propageait une onde rythmée qui perturbait peu à peu la tranquillité du liquide. La réflexion du firmament se brouillait et son impassibilité ne fut bientôt plus qu’un souvenir. À l’échelle de cette flaque, c’était désormais une véritable tempête qui sévissait à mesure que les chocs saccadés se rapprochaient. Au centre, une gouttelette se souleva, bravant l’indéfectible attraction terrestre en réaction aux vibrations induites. Mais on ne brave pas la gravité impunément. La projection d’eau retomba bien vite et s’écrasa en ajoutant encore au tumulte de la masse aqueuse. Puis soudain, sans autres signes annonciateurs ; ce fut le raz-de-marée !
Une chaussure en tissus bleu-marine et semelle en caoutchouc autrefois blanche vint faire exploser la petite nappe encore stagnante quelques secondes plus tôt. Des éclaboussures jaillirent dans tous les sens avec des reflets irisés trahissant une forte concentration d’hydrocarbures. Le claquement sec du « splash » fut bientôt remplacé par un bruit sourd de succion alors que la chaussure maculée d’une boue noirâtre continuait sur son élan. Sitôt libéré du poids de l’homme, le cratère fangeux qui s’était formé commença à se gorger de nouveau. Mais cette fois le liquide était trouble, les dépôts et autres dissolvants qui s’étaient calmement posés sur le fond étaient maintenant en suspend dans la bouillasse infâme qui suintait du sol noir. Le calme n’eut pas le temps de revenir, la flaque de se polir et refléter de nouveau les cieux. Une botte en coque polymère s’écrasa, puis une autre, et encore une autre. Les empreintes étaient profondes et le rythme si serré que le sol spongieux n’eut pas le temps de remplir ses crevasses avant qu’un autre pied ne disperse de nouveau la lourde vase en des gerbes gluantes.
À chaque enjambée d’un des membres de la meute de poursuivants, de légers vrombissements accompagnaient leurs foulées. Tel un exosquelette, une armature métallique légère longeait leur corps, accompagnant leurs mouvements et amortissant les chocs. La motorisation des articulations amplifiait l’effort musculaire du porteur pour reprendre l’élan de la course avec un minimum d’énergie humaine. Ainsi équipés, les traqueurs avaient l’avantage. Ils couraient plus vite et se fatiguaient moins. Le fuyard qui n’était que vingt-cinq mètres devant eux ne bénéficiait pas des mêmes artifices. Il serait rapidement rattrapé.
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